Dr Fatoumata GAYE

Le rôle de l’enseignant face à l’élève ou l’étudiant bègue : quand une attitude change une vie

Être bègue à l’école ou à l’université, ce n’est pas seulement une difficulté de parole. C’est souvent une épreuve silencieuse, faite de peur d’être jugé, interrompu, ridiculisé… et parfois poussé à se taire.

Au sein de l’APBS (Association pour la prise en charge du bégaiement au Sénégal), je rencontre trop de personnes qui ont abandonné leurs études non pas par manque de capacités, mais par manque de compréhension et de bienveillance.

Pourtant, mon propre parcours me rappelle chaque jour une vérité essentielle :
👉 un enseignant peut changer une trajectoire de vie.

Je veux ici rendre un hommage sincère à mes enseignants de l’école primaire Elhadji Moundiaye Thiaw de Thiès, et particulièrement à Monsieur Sèye, mon enseignant de CM2.

Grâce à eux, je n’ai jamais eu peur de lever la main en classe.
Jamais on ne m’a pressée.
Jamais on n’a parlé à ma place.
Jamais mon bégaiement n’a été confondu avec un manque d’intelligence ou de travail.

Ils m’ont appris, sans discours, que ma parole avait de la valeur, même quand elle hésite.
Et cette confiance donnée très tôt fait toute la différence : elle reste, elle structure, elle protège.

À l’inverse, un enseignant peut — souvent sans le vouloir — devenir un facteur de décrochage :

  • en coupant la parole à un élève bègue,
  • en le mettant sous pression lors des réponses orales,
  • en évaluant la fluidité plutôt que les idées,
  • en laissant s’installer les moqueries ou le malaise.

Mais un enseignant peut aussi être un levier de résilience :

  • en laissant le temps de s’exprimer,
  • en valorisant le fond avant la forme,
  • en adaptant les modalités de participation et d’évaluation,
  • en créant un climat de classe sécurisant.

Dr Fatoumata GAYELe bégaiement n’est ni un manque d’intelligence, ni un défaut, ni une faiblesse.
C’est une particularité de la communication qui ne devrait jamais empêcher l’accès au savoir.

Former, ce n’est pas seulement transmettre des connaissances.
C’est aussi donner à chaque élève la permission d’exister pleinement, y compris dans sa manière de parler.

👉 Aux enseignants : vous avez un pouvoir immense, parfois sans le savoir.
👉 Aux institutions : la sensibilisation au bégaiement doit faire partie de la formation pédagogique.
👉 Aux élèves et étudiants bègues : votre voix compte. Toujours.

Merci à ceux qui, comme mes enseignants de Thiès, ont su faire de l’école un espace de confiance plutôt que de peur.

Dr Fatoumata GAYE
membre de l’APBS

Un commentaire

  1. Machallah sister Pour ses éloquentes idées qui méritent d’être enseignées par tout .étre un baieguement ne veux pas dire étre faible ni étre un incompris

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